In Vino Veritas... et si notre cerveau nous jouait des tours ?

Nous sommes en 1998, j’ai 8 ans, et je suis en CE2.

Une vingtaine d’assiettes sont posées sur la table devant moi.

Je suis bien assis sur mon tabouret, à côté de mon meilleur ami, et on attend impatiemment les instructions de la maîtresse.

Plein d’odeurs différentes m’arrivent au nez. Certaines que je sais reconnaître, d’autres qui me sont encore totalement inconnues. Je reconnais parmi toutes la moutarde ! Elle commence à me chatouiller l’intérieur du nez. Mais ce n’est pas la seule odeur qui commence à titiller mes narines. Est-ce du poivre ? Du piment ? Je ne sais pas !

Ça y est ! L’heure fatidique a sonné, et je me retrouve dans le noir complet, les yeux bandés ! Je suis maintenant à la merci de Fred, mon meilleur ami, qui va me faire goûter tour à tour les différents aliments.

Ce fut ma première  vraie dégustation à l’aveugle « consciente ».

Et j’en garde un souvenir mémorable : le sel, le sucre, la moutarde, le persil, le poivre, la muscade, la ciboulette, le beurre, l’aneth, la cannelle… tous ces goûts et ces odeurs sur lesquels je pouvais ENFIN mettre un nom !

Bon OK d’accord… j’avoue qu’à l’âge de 8 ans, je n’avais pas réussi à retenir du premier coup le goût et les odeurs de chaque ingrédient !

Mais j’avais au moins pu prendre conscience du goût et de l’odeur de chaque produit !

Et vous, vous sauriez reconnaître tous ces produits les yeux fermés aujourd’hui ?

Cela nous amène à la mission que l’on souhaite mener chez VinMaské !

Passionnés de vins que nous sommes, nous trouvons dommage que tant de de vins soient achetés pour leur nom, leur étiquette, ou leur réputation, plutôt que pour leur goût et le plaisir qu’ils procurent.

A travers notre concept de dégustation de vins à l'aveugle, nous souhaitons vous faire découvrir des vins de grande qualité, sans préjugés, et faire de vous un meilleur dégustateur.



Le goût est propre à chacun

Je parle aujourd’hui d’une première vraie dégustation « consciente » car depuis notre naissance nous avons tous goûté et senti d’innombrables aliments sans pour autant être conscient de ce que c’était. 

Et au fil du temps, nous en avons mémorisé certains qui revenaient de manières récurrentes ou qui nous ont marqués, positivement comme négativement.

N’avez-vous jamais essayé de retrouver le goût de la tarte aux pommes que votre maman vous faisait étant petit(e) ? 

Après de nombreuses tentatives en boulangerie, au restaurant, ou chez vous, vous vous êtes résigné(e) en vous disant que jamais personne ne fera une tarte aux pommes aussi bonne. 

Mais ne serait-ce pas simplement un tour de votre cerveau qui a idéalisé cette tarte aux pommes qui vous rappelle tant de souvenirs ?!

A partir de ce constat, on peut affirmer que notre culture, nos habitudes, nos souvenirs, nos expériences et nos émotions influent sur notre goût. 

« Vous ne goûtez pas avec votre palais ; vous goûtez avec votre cerveau » Mark Friedman

De nombreuses recherches ont été effectuées en ce sens, notamment dans le domaine des neurosciences. 

Ces recherches ont montré que l’activité de certaines zones de notre cerveau évoluait au moment de goûter des aliments que nous attendions.

L’évocation d’un plat, d’un aliment, la couleur du produit, ou même la forme de celui-ci va influencer de manière inconsciente notre cerveau !

Une étude, menée par un chercheur du CNRS, Gil Morrot, auprès de 54 étudiants en oenologie, a montré que la couleur du vin influait sur la perception que l’on avait du vin.

A 2 semaines d’intervalle, Gil Morrot a proposé au panel des 54 étudiants de goûter et de décrire deux vins, l’un blanc, l’autre rouge. 

Mais ce que les étudiants ne savaient pas, c’est qu’il s’agissait d’un seul et même vin. Un colorant neutre avait simplement été rajouté au vin blanc pour le « transformer » en vin rouge.

Chose étonnante, de manière générale les étudiants ont successivement décrit le vin blanc avec des adjectifs utilisés pour les vins blancs, et le vin rouge avec des adjectifs utilisés habituellement pour décrire un vin rouge. 

This is a white


L’habit ne fait pas le moine

Une autre étude, menée une nouvelle fois par Gil Morrot et publiée en 1999, met encore en scène des étudiants en oenologie.

Cette fois-ci, Gil Morrot a proposé à ces étudiants de goûter le même vin à une semaine d’intervalle mais dans deux habillages différents, sans que le panel de dégustateurs soit au courant de l’expérience.

Le premier habillage représentait une bouteille de premier grand cru classé bordelais prestigieux et connu de tous les étudiants, tandis que le second habillage correspondait à un vin de table d’entrée de gamme également bien connu des étudiants et considéré comme un « mauvais vin ».

Eh bien figurez-vous que dans la grande majorité, les étudiants ont largement mieux noté le premier vin, habillé comme un premier grand cru classé bordelais, tandis que le second vin, habillé comme un « mauvais » vin de table, a reçu des notes peu enviables. 

Ces deux vins étaient pourtant bien les mêmes…


De l’importance de l’étiquette à l’influence de nos perceptions

Néophytes ou connaisseurs, les étiquettes des vins nous influencent tous ! 

Même inconsciemment.

Il existe une science, largement utilisée en marketing, qui consiste à optimiser l’habillage des produits pour influencer notre perception de ceux-ci : la sémiotique.

Franck Celhay et Hervé Remaud, à travers l’une de leurs études, ont mis en avant l’impact de la sémiotique des étiquettes de vin sur les consommateurs. 

Ils nous montrent notamment qu’une étiquette va donner inconsciemment une première impression sur le style du vin contenu dans la bouteille. 

Et cela fonctionne que l’on soit connaisseur ou non.

Etant petit, n’avez-vous vous-même jamais été attiré par le packaging des paquets de céréales qui ne se sont finalement pas révélées aussi goûteuses qu’espérées ?!

Pour le vin, les néophytes vont se raccrocher à des termes sans forcément maîtriser leur signification. Ils auront tendance à sélectionner un cépage, une appellation, une région, que leurs amis connaisseurs leur auront conseillé. Beaucoup ne prendront pas le risque d’essayer d’autres vins que ceux qu’ils ont l’habitude d’acheter. Après cette période de fêtes, je pense notamment  aux fameux Sauternes et/ou Monbazillac qui sont tant de fois associés au foie gras, alors qu’il existe de nombreuses alternatives.

Les connaisseurs, quant à eux, auront tendance à se faire rapidement une première idée du vin grâce à la connaissance de son origine : les cépages, la région, l’élevage, la réputation du domaine… Avant même qu’ils n’aient goûté le vin, leur cerveau est donc déjà influencé et peut biaiser leurs perceptions.

On appelle cela l’effet de halo.

Vous vous souvenez ? Le goût de la tarte aux pommes de votre maman qu’on a évoqué plus haut. Eh bien, l’effet de halo, c’est cela ! On l’appelle plus communément la « madeleine de Proust » qui fait référence à son oeuvre « À la recherche du temps perdu » où Marcel Proust évoque une remontée de souvenirs chargée d’émotions à l’idée de manger une madeleine accompagné d’un thé.

Finalement, qu’on soit connaisseur ou non, nous sommes rarement objectifs quant à l’appréciation d’une bouteille et de son contenu.

Pour les vins qu’on aime, cela ne pose pas de problèmes. 

Mais pour les vins qu’on pense ne pas aimer, cela est plus embêtant !


Mon expérience personnelle

J’ai moi-même pu expérimenter ce phénomène lors d’un dîner au restaurant Dans le Noir à Paris.

Il s’agit d’un restaurant plongé dans le noir total, où nous sommes installés et servis par des personnes mal voyantes. 

Eux sont dans leur élément, tandis que nous, voyants, sommes totalement déboussolés. 

Nous ne connaissons pas le menu à l'avance, et nous découvrons à l’aveugle, au fur et à mesure du repas, les mets qui nous sont proposés. Et c’est grâce à une telle expérience qu’on peut se rendre compte que notre vue influe énormément sur nos perceptions.

Sans la vue, on se rend compte qu’il est très difficile de nommer correctement les produits qui composent un plat.

Faites le test chez vous !

Même de grands cuisiniers peuvent se retrouver piégés par ce périlleux exercice ! Pour ceux qui connaissent, l’émission Top Chef illustre très bien ces difficultés avec la fameuse épreuve de la « boîte noire ».

Le fait de ne pas utiliser la vue nous évite finalement tous les a priori qu’on pourrait avoir sur un produit. C’est ainsi que durant ce dîner dans le noir, je me suis retrouvé à apprécier un dessert qui contenait de la poire… LE fruit que je fuis depuis ma plus tendre enfance… Rien que son évocation me met mal à l’aise… 

Mais alors comment se fait-il que j’aie aimé ce dessert ?!


Pour le meilleur et pour le pire

A travers une autre étude, cette fois-ci menée par un certain Robert Hodgson, il a été montré que sans repères, nous pouvions juger un seul et même produit de 3 manières différentes en une journée.

Ce chercheur américain a fait goûter, lors d’une dégustation à l’aveugle, 3 fois le même vin auprès d’un panel de 65 dégustateurs professionnels (vignerons, négociants, critiques et professeurs d’oenologie). 

Les résultats sont édifiants ! 

Seulement 10% des participants ont donné la même note à ce vin au cours de la journée… 

Certains dégustateurs ont même successivement noté ce vin comme étant le meilleur et aussi le pire de la séance de dégustation…


Sachons écouter notre corps et nos sensations

A l’instar des grands sportifs qui apprennent à écouter leur corps et à gérer leur effort, ou certains japonais qui savent évaluer leur niveau de satiété, il est important d’être à l’écoute de ses sensations afin de juger correctement d’un vin.

Que nous montrent ces expériences citées plus haut ?!

Elles nous montrent finalement que l’on est largement influencé dans la perception d’un vin avant même de l’avoir goûté.

Une mauvaise journée, une fatigue passagère ou une contrariété, et votre perception sera dès lors flouée.

Au contraire, une bonne journée, une belle soirée entre amis, ou une bonne nouvelle vous fera percevoir le vin dégusté de manière positive.

C’est pour cela que chez VinMaské, nous vous conseillons avant tout de déguster les 3 vins dans un environnement calme.

Et pour les personnes qui découvriraient le vin avec notre concept, notre premier objectif est avant tout qu’ils puissent percevoir la différence entre les 3 vins proposés et qu’ils arrivent à sélectionner leur préféré.


Nos contributeurs ont mené leur propre étude !

Après la réussite de notre financement participatif mi-septembre, nous avons pu discuter avec nos contributeurs lors de notre soirée de lancement qui a eu lieu en novembre 2018.

Leurs retours ont une importance capitale pour nous dans le but d’améliorer notre concept et d’ apporter la meilleure expérience possible.

Et certains de ces retours nous ont vraiment surpris ! 

On peut aujourd’hui, grâce à eux, apporter notre petite contribution à toutes ces études qui ont été menées sur la perception du vin.

Quelques-uns de nos contributeurs avaient reçu un coffret de 6 échantillons dont les 3 vins étaient en double. A l’origine, ces coffrets étaient destinés à être partagés. Mais ces quelques contributeurs ont profité de l’occasion pour défier la science et tester leur perception des vins à 2 moments différents, et dans des conditions différentes. 

1ère condition : le soir, fatigué, en rentrant du travail.

2ème condition : le lendemain, jour de repos, au calme, et reposé.

Le constat de cette « micro étude » est intéressant puisque ces contributeurs nous ont indiqué avoir eu une perception différente des 3 vins lors de ces deux dégustations. 

Au final, leur classement a été le même pour la 1ère et la 2ème dégustation, mais il est tout de même intéressant de mettre en avant les différences constatées. 


Nous ne sommes pas des robots

En reprenant tous les éléments évoqués tout au long de notre article, il apparaît difficile d’être totalement impartial et objectif quant à la perception d’un vin, ou même d’un quelconque autre produit.

Afin d’être le plus neutre possible, il faudrait que l’on puisse reproduire toujours le même contexte de dégustation. 

Mais est-il possible de goûter des produits différents toujours dans le même lieu, à la même heure, avec les mêmes personnes, et dans le même contexte ? 

Et même si cela peut être techniquement possible, seriez-vous capables de reproduire à chaque dégustation le même niveau de fatigue, de satiété, la même humeur… ? 

Cela semble bien compliqué. 

Mais alors comment faire pour être le plus objectif possible ?

On l’a déjà dit plus haut, apprenez à vous écouter !

On dit souvent que la première impression est la bonne. 

Pour le vin, c’est aussi simple que cela !

Si un vin vous apparaît comme délicieusement bon à la première gorgée, c’est qu’il doit l’être pour vous. Et peu importe ce que peuvent dire les personnes qui sont avec vous.

Notre vie, notre culture, nos souvenirs, nos habitudes nous rendent uniques ! Et c’est bien pour cela que même le vin désigné comme le meilleur du monde pourrait ne pas vous plaire.

Puis au fur et à mesure de vos dégustations, vous apprendrez à connaître vos préférences oenologiques, puis à les exprimer, pour pouvoir enfin sélectionner vous-même le vin qui vous plaira le plus.


Le concept VinMaské apparaît comme une évidence

Fort de cette philosophie, VinMaské a été imaginé pour vous permettre de découvrir des vins de grande qualité. Ces vins, certains venus du monde entier, sont toujours produits par des artisans vignerons passionnés et respectueux de leur terroir, et qui vous feront sortir des sentiers battus.
Vous souhaitez en savoir plus sur notre sélection des vins ? C'est par ici.

A travers nos coffrets de dégustation à l’aveugle, vous pourrez ainsi :

  • choisir un vin sans préjugés
  • réduire au maximum le risque d’être influencé
  • sélectionner un vin pour son goût et pour le plaisir qu’il vous procure



Si vous avez encore des doutes sur l’intérêt d’une dégustation à l’aveugle, je vous propose cette petite vidéo qui illustre bien nos propos et qui devrait mettre tout le monde d’accord.

(Vous pouvez avancer à la 7ème minute)



Et rappelez-vous : Le vin, c’est simple, c’est comme on aime.


Sources principales : 

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